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Algérie. Le retour des émeutes

Depuis plusieurs mois, des émeutes secouent les villes d’Algérie. Dernières en date, à Oran, au début de la semaine. À l’origine des violences, des motifs divers qui font craindre un embrasement.

De notre correspondant en Algérie. Lundi et mardi derniers, à Oran, la métropole de l’ouest algérien, des manifestants, en grande majorité des jeunes issus des quartiers populaires où les conditions de vie sont difficiles, ont pillé des magasins, saccagé des voitures et affronté les forces de l’ordre. La police a aussitôt arrêté près de 200 personnes, dont 28 mineurs.
Déclenchement soudain
Les émeutes avaient éclaté quelques minutes après l’annonce de la relégation en deuxième division du championnat national de football du MCO (Mouloudia Club d’Oran). Ces violences avaient été précédées le 16 mai par des affrontements sanglants entre des Arabes et des Berbères à Berriane dans la région de Ghardaïa, au sud du pays. Ces affrontements, qui avaient fait deux morts, constituaient les premières violences intercommunautaires en Algérie. Les villes de Chlef, dans l’ouest, et d’El Harrach, dans la banlieue est d’Alger, ont connu également des incidents, le mois dernier.
Des raisons multiples
Désormais, il suffit d’une petite étincelle pour provoquer des émeutes, souvent meurtrières. Les facteurs déclencheurs sont nombreux : mal de vivre dans les cités populaires, chômage (18 % de la population), incapacité des autorités à améliorer les conditions de vie des habitants malgré des recettes pétrolières records (les revenus pétroliers devraient atteindre 81 milliards de dollars en 2008), corruption généralisée, etc. Au-delà des explications, les Algériens et les Algériennes s’inquiètent sérieusement de la prolifération des émeutes urbaines : l’Algérie a enregistré en moyenne deux à trois émeutes par jour ces derniers mois, selon un haut responsable qui requiert l’anonymat. La prolifération des violences sociales s’ajoute à l’activisme d’islamistes armés qui multiplient les attentats. Deux civils ont été tués jeudi à Tizi-Ouzou, en Kabylie, par un groupe armé. La chute du pouvoir d’achat et le silence étrange des autorités aggravent le climat d’incertitude et de tension qui règne actuellement sur l’Algérie. « Si ce n’est pas le terrorisme, ce sont les émeutes urbaines. Cette situation est vraiment intenable », remarque un Algérois.
Vingt ans après
L’embrasement du pays est redouté par de nombreuses personnes qui craignent des émeutes à grande échelle comme celles qui ont endeuillé le pays, le 5 octobre 1988. Elles avaient fait des centaines de morts et mis fin à trente années de règne du parti unique. Les réformes économiques et politiques, qui ont suivi, n’ont pas réussi à améliorer la situation économique et sociale des Algériens.
Ali Idir

 


Oran a été le théâtre de violentes émeutes rassemblant plusieurs milliers de jeunes, qui ont exprimé leur colère après la relégation en deuxième division du championnat national de football du club-phare de la ville.

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